Notre Saint Patron

Saint Jean de Shanghai et de San Francisco : un Saint de notre temps, pour notre temps.

         Dans un aparté disponible sur ce site, le Père Marc Génin, recteur de notre paroisse, a bien voulu rappeler les circonstances et les raisons ayant conduit à choisir un tel patronage.

         Les réflexions qui suivent ne visent pas à dresser de notre Saint Patron une biographie : d’excellents ouvrages ou articles de revue existent, qui y répondent clairement – nous en proposons, in fine, une liste qui d’ailleurs ne se veut pas exhaustive, et rappelons que la rubrique « 50 jours », rédigée en 2016 à l’occasion du cinquantenaire de la naissance au Ciel de saint Jean, porte de nombreux témoignages sur sa vie, sur ses œuvres, sur sa sainteté.

         Elles se veulent avant tout une synthèse de sa personnalité et de son action, et permettent de percevoir à quel point il demeure, plus qu’une référence ou un modèle, un véritable phare.

Un exilé.

         Saint Jean Maximovitch est russe – un russe que la révolution bolchevique, dont on ne saurait oublier qu’elle fut d’abord une révolution antichrétienne, a contraint de fuir à 25 ans son pays, un pays dont il connaît parfaitement l’histoire indissociable de celle de la Chrétienté – la Russie n’est-elle pas la « Sainte Russie » ?

         Mais c’est un russe qui, tout en demeurant intensément fidèle à ses racines comme à ses coutumes, témoigne avant tout de l’universalisme inhérent à l’Orthodoxie. Ce rejeton d’une famille aristocratique d’origine serbe s’attachera durant tout son exil de 45 ans – en tant que moine, que prêtre et professeur de théologie au séminaire de Bitolj en Serbie, puis qu’évêque en Chine et aux Etats-Unis – à vivre de la vie et des intérêts de l’Eglise universelle, attaché en toute circonstance à suivre attentivement ce qui se passe dans les églises locales, dont il respecte les traditions ( il y est grandement aidé par sa pratique des langues : s’il maîtrise parfaitement, outre le slavon et le grec, le serbe, il parle couramment le français et l’allemand, et s’exprime aisément en anglais).

         Rappelons que saint Jean Maximovitch passa en Europe, orientale ou occidentale, plus des trois quarts de son existence et plus de la moitié de son apostolat.

         Les orthodoxes d’expression française que nous sommes ne peuvent qu’être sensibles à sa préoccupation de nouer par la prière une relation intensément vivante avec les Saints des premiers temps de l’Eglise en Occident, à une époque où la Chrétienté était une, et unie  – saints dont Monseigneur Jean sut exalter l’ardeur apostolique afin qu’elle embrase à nouveau le « vieux monde », et que leurs œuvres viennent enrichir l’Orthodoxie.

Un apôtre.

         Le futur archevêque Jean, à qui fut épargné le « martyre rouge » résultat de la tourmente bolchevique, allait se voir confier la mission apostolique de faire connaître la foi orthodoxe aux diverses nations – notamment quand il fut placé par le synode des évêques à la tête de l’archidiocèse d’Europe occidentale : il se révéla alors nouvel apôtre et missionnaire en ces pays d’Occident.

         En dépit de sa participation ô combien vivante et active à tant de choses mondaines, il demeura cependant toute sa vie un être étranger à ce monde.

         La tentation serait grande, au regard d’une existence résolument hostile aux vanités de ce monde, de voir en saint Jean un « fol-en-Christ », se complaisant en mortifications.

  • Un ascète, certainement, qui depuis le jour de sa tonsure monastique n’a jamais voulu dormir dans un lit, à l’imitation des principes donnés par saint Pachôme le Grand, fondateur des monastères cénobitiques.
  • Un être qui – notamment lors de ses études théologiques en Serbie – a connu la vraie pauvreté et n’a, toute sa vie spirituelle, mangé chaque jour que le strict nécessaire pour nourrir son corps.
  • Un personnage que l’on taxerait facilement aujourd’hui d’ « extravagance » – il chaussait toujours des sandales, ce qui lui valut le surnom de « saint aux pieds nus » – alors qu’il faut y voir refus de la moindre compromission avec tout manquement à la règle, tout simplement parce qu’il a le plus grand respect pour la dignité dont il est investi : modeste et simple dans sa vie privée, il demeure dans l’enceinte ecclésiale un vrai Prince de l’Eglise. Qui l’a vu célébrer sait qu’il se plongeait entièrement dans l’office divin.
  • Homme petit par la taille, d’apparence frêle, handicapé par un léger bégaiement, mais prodige d’endurance et de rigueur ascétique en une époque d’affaiblissement spirituel général.
  • Homme doux et humble, qui doit voir en la paroisse dont il est le père une famille, qui ne saurait subsister sans amour pastoral et prière quotidienne, et dont il doit partager les tristesses comme les joies.
  • Etre doué de clairvoyance, « entendant spirituellement à distance », à la prière si puissante qu’elle était entendue et rapidement exaucée (ceci est attesté par de nombreux témoignages).
  • Etre témoignant en toute circonstance de rigueur dans la confession de la foi, et de miséricorde à l’égard de toutes les faiblesses (l’Eglise orthodoxe sait recourir tantôt à l’acribie – application exacte des règles – et tantôt à l’économie, mais le fondement de l’économie est la confession juste de la foi).

En définitive, être totalement impossible à juger selon des critères humains : ce qui semblait insurmontable ne formait aucun obstacle sur son chemin.

Un exemple.

         « Si vous voulez voir un saint vivant, allez à Bitolj chez le Père Jean » disait en 1929, de celui qui était alors professeur de théologie, l’évêque Nicolas Velimirovitch, surnommé le « Chrysostome serbe ».

          Il est d’autres formes d’exil que l’exil politique : le plus douloureux est peut-être celui provoqué par la médisance, la jalousie, la volonté aussi de diviser – tous ferments dont l’Eglise orthodoxe hors frontières ne fut pas exempte au cours du XXème siècle – dont Monseigneur Jean ne fut pas privé, notamment au déclin de ses jours mais dont , non seulement par grandeur d’âme mais d’abord par la force de la foi, par la rare faculté de discerner la vérité du mensonge, il sut triompher.

         Il est significatif qu’à sa mort, ce saint de notre époque – aux reliques incorrompues, glorifié en 1994 par l’Eglise russe hors frontières – ait trouvé sous l’autel de la toute neuve cathédrale de San Francisco, cathédrale dédiée à la « Mère de Dieu Joie de tous les affligés », le digne repos auquel l’ait prédisposé l’exploit d’une vie extraordinaire par une rigueur dépassant les forces humaines.

         A peine endormi, de nombreux miracles manifestèrent à l’univers sa sainteté, attestant s’il était les dons de thaumaturge dont Dieu l’avait gratifié.

         Tout au long de sa vie de pasteur, saint Jean de Shanghai et de San Francisco a témoigné à la jeunesse, à son épanouissement, son attachement.

Puisse notre jeunesse, toujours exaltée par les hauteurs, se montrer sensible à ses qualités dont a soif le monde d’aujourd’hui :

  • une grande noblesse intérieure, sachant allier tact et bonne éducation, mais toujours imbue de simplicité;
  • une vie gouvernée par un sens aigu et inaltérable de ce qui est, en tout domaine, juste et droit (les orthodoxes ont à cœur la complémentarité de l’orthodoxie et de l’orthopraxie, de la justice et de la justesse).

« Dieu est admirable dans ses Saints », chante l’Eglise orthodoxe.

Courte biographie.

  • Saint Jean de Shanghai et de San Francisco, thaumaturge (témoignages rassemblés et édités par la Fraternité Saint Herman de l’Alaska), traduit de l’américain par Michel Epstein, Paris, 2007, François-Xavier de Guibert
  • Saint Jean de Shanghai et son temps, Bernard Le Caro, Paris, 2013, L’âge d’Homme

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